03sept. 2008
Bangalore 08 : Bonbon stylo, ou la mendicité des campagnes en Inde
03:40 - Par Great A'Tan - Bangalore 08 - aucun commentaire
Le premier moment où je me suis senti stupide, coupable, limite imbécile, c'est la première fois qu'un gamin de la campagne, entre Hospet et Hampi, m'a demandé un schoolpen (un stylo). J'avais lu dans les guides les dangers de donner trop facilement aux gamins, car ils vont les revendre la plupart du temps, ça donne une mauvaise habitude au gamin ET une pietre image du touriste, mais confronté à la situation, il faut très rapidement faire un travail d'analyse, travail qui demande avant tout de l'expérience, et pour être confronté aux problemes il ne faut pas avoir peur de faire des erreurs.
Le plus important sont les leçons que l'on en tire.
Les Guides
Je suis parti avec 2 guides: le Routard, car il donne de bon conseil de logement, pour les resto, pour se débrouiller sur place, et le National Geographic, pour me permettre d'organiser les parcours touristiques.
Le Routard a une section dédié au sujet de la mendicité, qui donne de grandes lignes, certes, mais reste trop loin de la réalité qui est extrêmement complexe:
- réfléchir avant à la question : oui, mais sans en avoir fait l'expérience et sans cas précis, c'est réfléchir dans le vide
- pas d'argent aux gamins des rues, car l'argent serait récupéré par des "protecteurs" : facile à dire, mais extrêmement difficile à tenir dans la réalité. Quand ce sont des gamins autour des lieux touristiques, je pense que oui, mais quand ils habitent visiblement l'endroit même (cas à Aiholes ou les temples sont au milieux des habitations), je pense pas que ce soit le cas, même si je pense qu'il ne fallait pas donné dans ce cas là (description plus loin)
- ne rien donné aux gamins qui ont un foyer : là aussi c'est très, très dur à faire, j'ai eu le cas ou c'était la mère qui demandait à son fils de me demander un bonbon, et je pense que c'était l'un des rares cas où le geste aurait été sans conséquence sur l'avenir du gamin, sans fausse image du touriste.
- d'un autre coté, donner fait parti de la vie en Inde : donc on peut donner, mais où?
- dans les structures, les associations : là aussi, ça n'empêche pas que le vieux décrépi ne mangera probablement pas ce soir.
- ou les nécessiteux, sont qui ne pourront jamais faire autrement
Schoolpen please!
J'ai vraiment été surpris quand les petits enfants des campagnes m'ont demandé des schoolpens au lieu de roupies (évidement, ils en demandent aussi).
Mais d'abord, pourquoi des schoolpens? Je vous invite à lire cet article intéressant sur le sujet, au Maroc cette fois.
En gros, quand on arrive dans un village touristique, les enfants ont pris l'habitude de demandé des stylos aux touristes. Des caravanes publicitaires passaient dans les années 80 en distribuer à tout va, et l'association touriste blanc = un stylo ou un bonbon s'est rapidement faite. Et un stylo, ce n'est pas (directement) de l'argent, donc on se dit instinctivement "ah, ça c'est une bonne chose, il pourra l'utiliser pour apprendre, avoir un avenir", etc.
Évidement, rien n'est simple, et un geste aussi anodin a des conséquences multiples. Outre la revente (comment savoir si l'enfant à vraiment besoin du stylo?), ça peut contribuer à la mauvais image du touriste dans leur imaginaire.
Mais confronté à la situation réelle, c'est encore plus dur.
Ma petite expérience
Voici donc les exemples de ce qui m'est arrivé en une toute petite semaine de voyage sac à dos sur le dos, et un gros appareil photo réflex dans les mains qui attire évidement les regards, mais à aucun moment je ne me suis senti en insécurité :
- le groupe d'enfant visiblement en train d'aller à l'école (tenu d'écolier, accompagné par un adulte). Ses petits copains me faisaient coucou, posaient des questions sur d'où je viens, et un gamin (pas hardi, assez timide d'ailleurs) est venu me voir pour me réclamé un "schoolpen". Sur le coup j'ai pas donné, même si aujourd'hui je pense que j'aurai dû car il en avait besoin (grosse honte pour la suite du trajet en tout cas)
- la gamine qui vient taper à la vitre de la voiture, visiblement là aussi en sous nutrition. Pas donné non plus.
- le groupe d'enfant en train de glander, là j'ai eu le malheur de leur donner une pièce, après ils ont rameuté leurs copains, j'ai plus ou moins eu du mal à m'en sortir (ils sont piles à la hauteur des poches, ces petits). Et m'ont poursuivi quand même assez loin (j'étais heureusement sur le départ du site). Bref, mauvaise décision aussi.
- le gamin en train d'aller à l'école (tenu d'écolier, à l'heure normale) en vélo qui m'accoste (moi aussi en vélo), et qui me demande un schoolpen. Cette fois je me dis que c'est le bon, il en aura bien besoin. Et en le lui donnant j'en vois qui dépassent de sa poche... mauvaise décision là encore
- des petits gamins en vélo, ils m'ont demandé des schoolpens, je leur ai donné les deux derniers sans vraiment réfléchir (et surtout sans avoir d'argument contre)
- la femme qui rentre d'avoir laver son linge qui souffle en souriant à son petit qui l'accompagne (en me voyant passer) "chocolate, chocolate!", et le petit qui vient me voir avec un grand sourire me demandant un bonbon. Évidement je n'avais plus bonbon ni stylo, mais je pense que je lui aurais donné un bonbon si j'en avait un.
- le groupe de petite écolière en visite touristique avec leur prof dans un temple (à Badami) (ils m'ont offert de partager leur repas). Là plus de stylo non plus (de toute façon j'en avait 3 en tout), et sachant qu'ils venaient d'assez loin dans la campagne, je me suis vraiment mordu les doigts de ne pas avoir un sachet de stylo ou quelque chose comme ça. Je n'aurai de toute façon pas donné de l'argent directement au prof, même s'il avait l'air extrêmement gentil et sincère, je ne peux pas savoir ce qu'il en ferait.
- don dans les temples de Bangalore (dons beaucoup plus gros, et à mon avis beaucoup plus d'impact que de pauvres stylo), temples qui organisent des distributions de repas (c'est con comme question, mais vous savez si c'est déductible des impots? En France ça l'aurait été).
- le vieux vraiment décrépi et le mendiant lépreux, sur ses moignons. Pas donné, mais vif regret par la suite
- le pèlerin dans le temple pendant un festival. Donné car il m'avait l'air d'être extrêmement pauvre
- les pèlerin en habit traditionnel après avoir fait des photos. Là j'ai donné, je ne me sentais pas refuser alors que je venais de les prendre en photo.
En règle général, souvent les gamins, gamines qui visitaient les sites touristiques accompagné de leur parent me demandaient des photos, et là je ne savais pas s'il fallait que je leur laisse un pièce ou pas.
Donc, que faire?
La conscience peut jouer des tours, et c'est souvent quelques minutes ou quelques jours après l'évènement, à tête reposé, qu'on est en mesure d'évaluer la situation et de savoir quelle bonne décision aurait due être prise.
Alors, donner ou pas?
- les nécessiteux: oui, donner directement de l'argent car ils n'ont pas d'autre moyen de survis, malheureusement
- les gamins seuls: non, jamais, surtout s'ils sont plusieurs
- les gamins accompagnés: j'aurai tendance à dire oui, surtout si c'est un adulte ou un prof, je donnerais directement au prof du matériel scolaire (après lui en avoir parlé bien sur). C'est le cas de ce qui s'est passé au temple de Badami
- les pèlerins: non, ils ont beau faire les beaux dans leurs habits traditionnels, ils ont beau faire des sacrifices pour leur religion, ils n'en ont pas besoin pour survivre.
- les mecs que tu viens de photographier : non, un merci avec un beau sourire suffit. Les enfants m'amusent généralement assez facilement
- les temples et associations: je suis généralement très (trop ?) confiants dans ces structures là, surtout lors que je peux voir ce qu'ils font effectivement (distribution de nourriture à la sortie du temple Krishna de Bangalore). Alors oui, il faut profiter que de notre coté ça ne nous fasse pas tant de mal que ça sur le porte monnaie et qu'avec ils pourront faire beaucoup de chose.
- les enfants avec leur parents: dans certains cas, j'auraient eu des bonbon je leur en aurait donné, pas de piece, mais s'il le mange immédiatement, c'est un petit rayon de soleil dans leur vie.
Dans tous les cas, s'il y a beaucoup de mendiants, ne rien donner. Ca va attirer les jalousies, le pauvre risque de se faire piquer sa piece.
De même, pas de gros dons aux personnes, même qui inspirent confiance (prof, responsable d'association). Toujours à une association (vérifier le compte bancaire du reçu en en discutant avec une voir plusieurs autres personnes du temple ou de l'association).
Conclusion
Voilà, c'était ma petite réflexion à deux roupies, la mendicité dans tous les pays est un sujet sensible et surtout subjectif, chacun a sa propre conception, mais dans les pays extrêmement pauvre comme l'Inde (pays extrêmement riche aussi, d'où un contraste extra-ordinaire pour nous), partir avec une idée précise de ce que l'on veut faire et surtout pas faire permet de se confronter à la situation avec le plus de sérénité possible.
Références
- Bonbon stylo, sur Azeka.
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