Quand j'était gamin, j'adorais regarder les spectacles taurins qui passaient sur Canal+ le soir. Ils passaient de temps en temps des corrida, et je trouvais le spectacle facinant. Je ne comprenais pas trop le mic-mac, la pauvre bête qui courrait dans tous les sens, les hommes en paillette qui s'agitaient autour, et surtout, surtout, pourquoi les gens criaient autant, s'éxitaient, huaient et pleuraient devant ce spectacle. Moi je trouvais ça juste beau, un magnifique ballet. Je n'ai réalisé que très tard que le taureau mourrait réellement, qu'il ne se relevait pas après le spectacle et que l'oreille coupé était réellement coupé.

Ce n'est que plus tard que j'ai revu un spectacle, et là j'ai été très dégouté. Quelques renseignements prits sur internet et dans des livres m'ont aidé à forger cette aversions forte pour cette danse macabre.

Mais, comment se décompose une corrida classique?

Le déroulement

Le taureau tout d'abord n'est pas choisi au hasard. Il est issue d'un processus spéciale de sélection, où traditionnellement des picadors tentent de tuer des vaches, la ou les vaches sélectionnées étant tout simplement celles qui s'en sortent. Passons sur ce mode de sélection un peu brutal. Quant aux picadors, ce sont ces messiers perchés sur des chevaux dont le but principal est de piqué la bête au niveau de la base du cou avec un grand pique. J'y reviens tout de suite.

La vie du taureau en elle même est très plaisante: il ne voit jamais l'homme, il a des dizaines d'hectare à lui tout seul, il peut courir pendant des année dans la nature, il a même le droit de se reproduire en toute quietude. Une vie de pacha bovin, en gros.

Moi une chose que je n'ai jamais compris: un taureau normalement constitué ne devrait déjà pas chargé la "muleta", le morceau de tissus rouge où notre animal fonce en une ligne bien droite. Je sais pas si vous avez vu les vachettes à Intervilles, mais celles-ci ne sont pas aussi connes que notre gros lourdeau : quand elles foncent dans le tas, elles remuent bien la tête pour bien être sûr de toucher le bonhomme. Un taureau n'est quand même pas plus con qu'une vachette? Bref, soit par sélection, soit par éducation, on fait en sorte que le taureau soit le plus stupide possible et fonce en ligne bien droite et bien prévisible sur le morceau de tissu que l'on agite devant lui.

Lors de la toromachie, ce taureau n'arrive pas directement sortie du pré et ne combat pas le "matador" directement, il passe traditionnellement plusieurs étapes préparatoires.

Avant son entrée, le taureau est excité, battu avec des bâtons, ou de nos jours avec des armes électriques de défense (vous savez, celles qui paralysent). Sinon il ne chargerait pas quelqu'un qui ne lui a pas fait (encore) de mal. Certains sont à la fois excité (pour une entrée en scène remarquable) mais aussi sédaté (pour que cette énergie ne dure pas trop longtemps)! De plus, certains taureaux voient leurs cornes sciés, parfois juste limée, parfois coupé à la moitier et remplacer avec de la résine moins dur. Opération bien évidement pas du tout indolore (c'est comme quand on mort avec une dent retirée, c'est pas ce que l'on appelle "indolore"). Il paraitrait que la mutilation de ses cornes affaiblie le taureau et diminue ses capacités de détections spatiales. La raison officielle est que limer les cornes permet à un matador blessé de ne pas être hospitalisé pendant plusieurs jours en cas de mauvais dialogue avec le bovin. Pas pour que le taureau puisse encorner plus facilement le pantin en paillette, évidement.

Une fois en scène, arrive le célèbre matador (toréador principal). Ah non, pardon, le matador PLUS ses alliés, les "peones", parce que ce couillon peut évidement pas être seul avec la bête. Peones qui attirent chacun son tour le taureau pour l'exciter, mais surtout commencer à le fatiguer. Ils s'amusent un peu, quelques minutes, pendant lesquelles le matador effectue de jolies figures qui fait s'acclamer la foule. Il est indéniable qu'il faille un minimum de cojones pour être en face de la bête et lui faire faire deux-trois tours, mais vu la préparation qu'à subit le bovin, la "prestation" du matador perd déjà énormément de sa superbe.

Le picador, véritable chevalier valeureuxPuis entre en scène le picador. Ah, le picador... C'est le jour où j'ai vu un picador faire son office que la corrida que je fantasmais encore, en croyant au combat entre un homme seul avec une bête, un combat homme contre animal sauvage tel qu'elle devrait l'être, bref c'est ce jour là que la corrida a perdu toute valeur à mes yeux. En un mot, le picador arrive dans la scène (oui, comme au théâtre), sur un cheval sur-protégé, complètement aveuglé, cheval qui risque vraiment sa peau et de se prendre une charge d'un autre animal de 600 kg aux cornes très pointus, et donc ce picador pique tout simplement le taureau au niveau de la base du cou dès qu'il le peut Pour évaluer son courage, en théorie. En pratique, il s'agit d'une blessure assez grave qui a pour but d'affaiblir le taureau. Si le taureau est assez valeureux, un deuxième coup de pique est appliqué. Histoire de lui expliquer vraiment qui est le maitre.

Puis, comme si ça ne suffisait pas, c'est le tour des "banderilles". Jusqu'ici le taureau n'a encore eu AUCUNE chance de se défendre ou d'embrocher quelqu'un. Il a tenté de foncer sur une des tafioles qui se cachent derrière les protections de l'arène, ou il a tenté de charger un cheval malheureux (et bien souvent, ce cheval ne s'en sort moins bien que celui qui le monte, il est arrivé assez souvent que ce cheval perde ses tripes sous les coups de cornes). Maintenant il est vraiment énervé et déjà pas mal affaibli. Un matador, ou ses peones, posent délicatement ses bâtons pointues à la base du cou du taureau, et c'est effectivement le SEUL moment où le taureau à la moindre chance de buter quelqu'un. C'est aussi le moment le plus intéressant de la mise en scène, malheureusement, l'animal est déjà affaibli et au bout du troisième bâton enfoncé dans le cou (je passe sur le sang qui coule), il l'est suffisamment pour qu'il ne lui reste déjà plus aucune chance de s'en sortir. Mais c'est le spectacle et la foule acclame les zozios à paillettes.

Le matador va frapperEnfin, le matador revient, joue un peu avec le taureau déjà bien diminué, et lui assène le coup de grâce d'un coup d'épée profond dans la base du cou Moment de suspens ou l'homme est seul face à la bête en pleine possession de ses moyens... ah pardon, l'homme n'est pas seul (ses peones restent à coté pour divertir le taureau quand le matador est en difficulté), et le taureau est à déjà à moitié mort. Il faut effectivement du talent pour viser aussi délicatement le point névralgique, c'est indéniable. Je passe sur les innombrables ratages de ce coup de grâce, où l'animal mortellement blessé devient complètement fou. A noter: le coup d'épée est purement artistique, s'il réussi à abbatre la bête le matator est aduler pour son adresse, mais souvent, la vrai mise à mort s'effectue avec un tout petit couteau une fois l'animal à terre, en train d'agoniser (destruction du cervelet).

Notez que dans son absolu bonté, l'homme a prévu de pouvoir "gracier" un taureau qui s'est bien défendu. Tenir suffisamment longtemps ne suffit pas, s'il "survie plus de 15 minutes, le matador est certes désavoué, mais le taureau est simplement abattu après le spectacle. Non il faut qu'il ait vraiment fait preuve de courage et de bravoure, et là le président fait un geste qui gracie le taureau.

Conclusion

Un taureau à la fin d'une corrida, il a l'air en forme n'est ce pas?On a donc au final un taureau sélectionné, éduqué, déboussolé, mutilé, sédaté, excité, fatigué, blessé qui se fait abattre par une tapette en paillettes. Mais où, bon sang, OU sont donc les valeurs de courage et d'engagement dont est sensé faire preuve le matador? La Corrida n'est au final rien d'autre qu'une triste mise en scène pour abattre un taureau. Donc exit toutes les valeurs décriées. Ce n'est QUE du théâtre où le principale acteur repart avec la queue et l'oreille en moins. Du cinéma! Non, même pas, car dans le cinéma il est écrit "aucun animal n'a souffert durant le tournage". Triste culture qu'est celle-ci. Et quand une culture est mauvaise, il faut s'en débarrasser.

Donc non au corrida mortelle en France.

Alors ok, on va me dire "mais, tu comprends mal, la corrida n'est pas l'affrontement de l'homme et la bête, c'est une recherche esthétique sur comment buter cette bête sauvage qui va manger nos petits enfants la nuit", je dis juste une chose: "bah, ca le devrait"! Si au moins le taureau avait une chance de buter le matador! Je serais le premier supporter, d'une vrai preuve de courage, de vaillance, d'engagement! Un homme seul avec son épée en face de la bête sauvage. Alors là, yes! une corrida s'accorderait avec tous les adjectifs que l'on lui associe. Et l'homme aurait vraiment mérité ses louages et acclamations.

Les corrida modernes existent, les guignols continent de faire leur pirouette, mais où le taureau ne fini pas à terre. Un peu comme un jeu d'Interville mais en remplacant les vachettes de 200 kg par de vrais taureaux de 600kg, ça deviendrait tout de suite bien plus drôle!

Épilogue

Au moins dans un abattoir moderne l'animal ne souffre que quelques secondes avant de mourir (et encore normalement l'abattage par décharge électrique est instantanée) [1]. Parce que je doute que les banderilles soient agréable à porter. En d'autre terme, oui, un abattoir est plus humain qu'une corrida. Et oui les corridas sont une tradition d'un autre temps qui font appelles aux pires instincts de mort des être humains. Un poil mieux que les jeux du cirques. Bref les aficionados des corridas ont au mieux 19 siècles de retard, au pire une absence complète de cerveau évolué.

Epilogue 2

L'argument des pro-corrida est classiquement "ce sont nos traditions, vous ne pouvez juger ce que vous ne pouvez comprendre". Bon. Ok. Moi ma tradition c'est de buter les supporters de corrida en leur tranchant le ventre pour y déverser leur tripes et faire un truc bien dégueux avec pendant qu'ils sont encore vivants. Mais surtout, ne me jugez pas, vous ne POUVEZ pas comprendre, c'est ma tradition. Là, vous comprenez ce que ça veut dire une "mauvaise tradition"?

Epilogue 3

quasiment TOUS ceux qui condamnent les corrida avec vigueur et argumentation sont justement des personnes qui en ont déjà vu ET qui ont pris le parti de regarder sous le voile pour voir ce qui se passe vraiment, au contraire que ceux qui défendent ce spectacle qui restent bien souvent dans le fantasme et la superficialité de cette sublime tradition.

Références:

Notes

[1] Attention, je ne parle pas des conditions scandaleuses de vie et de transports de certains animaux qui sont révoltantes, ce n'est ABSOLUMENT pas normal qu'un animal destiné à la casserolle soit transporter dans des conditions aussi pitoyables que celles que l'on peut rencontrer chez des éleveurs/entreprises peu scrupuleux; il s'agit d'un autre combat